Lecture et commentaire collectifs de l'article d'André Gorz, publié ici dans la revue Mouvements sous le titre - Penser l’exode de la société du travail et de la marchandise - où il revient sur sur la dynamique du capitalisme financier et sur les raisons qui permettent de voir dans le revenu social garanti (RSG) une occasion de sortir du capitalisme.
La crise
Toute bulle spéculative finit inévitablement par éclater en menaçant le système bancaire de faillite et l’économie réelle de banqueroutes en chaîne – à moins qu’une bulle plus grande encore ne puisse être gonflée à temps. La bulle boursière des années 1990 a été relayée à temps par l’énorme bulle Internet, et après l’éclatement de celle-ci en 2000, par la bulle immobilière – « la plus grande bulle spéculative de tous les temps », selon The Economist – qui a augmenté la « valeur » de l’immobilier des pays développés de 20 000 à 80 000 milliards de dollars. La bulle immobilière commence à peine à se dégonfler que déjà se gonfle une nouvelle bulle boursière plus grande que la précédente. Combien de temps le capitalisme peut-il se nourrir de bulles ? La nécessité dans laquelle il se trouve de recourir à ce genre d’expédients révèle son incapacité croissante à se reproduire. La crise des catégories fondamentales de l’économie politique (du « travail », de la « valeur », de la « survaleur », du « capital ») est un symptôme de cette crise . Un revenu de base inconditionnel fondé sur la création monétaire ex nihilo n’offrirait pas d’issue à cette crise [7]. Il exigerait un système économique de type soviétique, basé sur la planification de la production et de la consommation en quantités physiques et sur un système et un contrôle politiques des prix.
Il ne s’agit pas d’en conclure qu’il faille renoncer à exiger un RSG. Il n’est pas exclu qu’à la suite d’une crise sociale grave, cette revendication soit au moins partiellement et temporairement satisfaite. Mais ce succès, outre son utilité immédiate dans la vie quotidienne, n’aura tout son sens que s’il met en évidence le fait que le droit à la vie de chacun ne peut ni ne doit dépendre plus longtemps de la vente de soi en tant que force de travail et que la paupérisation générale qui accompagne depuis vingt ans des gains de productivité sans précédents est due à la seule incapacité du capitalisme à tirer parti de nouvelles forces productives sans faire passer la création de richesses par le chas de la valorisation du capital, par le chas de la valeur.
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