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MEZZO / Les Grands Retours

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Jacques Bertin : Hôtel du Grand Retour


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Hôtel des Grands Retours

Réseau international du patrimoine chanté / Festival international des Phares et Balises




Des lieux de reconnaissance mutuelle

La société française contemporaine multiplie les fonctionnements en tribus à partir d’une pratique, groupes de reconnaissance mutuelle auxquels les individus s’identifient de plus en plus fortement, parfois davantage qu’aux appartenances classiques (famille, travail, petite ou grande patrie). Point commun de ce monde bigarré des identités émergentes et alternatives : …elles ne se reconnaissent pratiquement pas dans les territoires constitués, qu’au mieux elles adoptent par intérêt pratique, tout en les débordant. Leur spatialité est de deux ordres : le réseau et le lieu. Le réseau, précisément pour ce qu’il autorise de transgression des limites et des distances, deux constitutifs du territoire. Le lieu (quel que soit sa taille, son étendu), pour ses ressources, en particulier symboliques et emblématiques. La géographie n’est pas morte, mais à la finitude du territoire succèdent l’ouverture du réseau, combinée au génie des lieux (le génie en ce qu’ils ont de singulier et qui favorisent telle ou telle pratique collective). ( Martin Vanier, Le Futur de nos Identités ).

Considérons le théâtre d’aujourd’hui : par un grand nombre de ses fondateurs et de ses actuels patrons, il est issu, tous les historiens le disent, des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. A la porte juste à côté, l’histoire de la chanson française dépend, elle aussi, de très près des mêmes, et tout particulièrement des MJC : c’est là que, dans les décennies 1960 et 1970, purent s’exprimer les Brel, les Leclerc, les Ferré, et des centaines d’autres, de Higelin à Lavilliers. ( Jacques Bertin, Eloge de l’Education Populaire)

Malheureusement, ces lieux sont depuis 25 ans désinvestis, sous-employés, ringardisés ; au mieux on les assigne aux loisirs, à la formation, à la lutte contre l’exclusion, mais en leur imposant d’oublier toutes prétentions artistiques. Et cependant …si l’on évite de vouloir transformer chaque foyer rural en centre dramatique national, si l’on sait respecter les buts et les méthodes de l’éducation populaire, il y a dans ces milliers d’équipements un espace d’activité considérable ! ( *).

Il est possible et nécessaire aujourd’hui de réveiller ce patrimoine populaire endormi, de le rendre à l’une de ses vocations majeures - la réconciliation du peuple et de l’art - en l’irriguant grâce aux technologies de réseau qui permettent, à moindre coût, de mutualiser des ressources théoriques et pratiques. La construction d’un « Réseau International du Patrimoine Chanté », réunissant pratiquement, c’est à dire à partir du tryptique technologique - infrastructure, infostructure, infoculture) des centaines de lieux de cette nature et permettant de les irriguer avec les ressources mobilisées et mises en action par le « Centre National du Patrimoine Chanté » ( Projet Jacques Bertin ) répondrait directement à cet objectif. Nul doute que ce réseau, redevenu opérationnel au plan de la culture sur le thème de la chanson, sera par conséquent tout aussi opérationnel sur d’autres thèmes. Ce serait là une mission pour le patrimoine chanté qui le placerait en position de découvreur, selon le mot de Paul Ricœur, de tous ces futurs inachevés du passé récent de l’Education Populaire.
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