Lire et relire Bronislaw Malinowski puis Michel Gensollen
Note 56 de l'article de Michel Gensollen, Économie non-rivale et communautés d'information : Le système d'échange Kula a été décrit avec une très grande précision par Bronislaw Malinowski dans l'ouvrage ''Argonauts of the Western Pacific'' 1922 et dans divers articles, dont The Primitive Economy of the Trobriand Islanders. Les objets Kula ont également fait l'objet d'études plus récentes, en particulier celles d'Annette Weiner, de Jerry and Edmund Leach, de Frederick H. Damon ou Michael Young. Il n'est pas possible dans un article comme celui-ci de décrire la Kula ; le lecteur intéressé peut se reporter à 'louvrage de Malinovski ; il doit se méfier de certaines interprétations plus ou moins idéologiques données des échanges Kula, en particulier celles de Marcel Mauss dans l'''Essai du le don''.
(Se méfier donc de l'extrait suivant du texte de Marcel Mauss, sans oublier tout de même d'y prendre du plaisir ;-)
<extrait> : Le kula est une sorte de grand potlatch ; véhiculant un grand commerce intertribal, il s'étend sur toutes les îles Trobriand, sur une partie des îles d'Entrecasteaux et des îles Amphlett. Dans toutes ces terres, il intéresse indirectement toutes les tribus et directement quelques grandes tribus : celles de Dobu dans les Amphlett, celles de Kiriwina, de Sinaketa et de Kitava dans les Trobriand, de Vakuta à l'île Woodlark.
M. Malinowski ne donne pas la traduction du mot, qui veut sans doute dire cercle ; et, en effet, c'est comme si toutes ces tribus, ces expéditions maritimes, ces choses précieuses et ces objets d'usage, ces nourritures et ces fêtes, ces services de toutes sortes, rituels et sexuels, ces hommes et ces femmes, étaient pris dans un cercle et suivaient autour de ce cercle, et dans le temps et dans l'espace, un mouvement régulier.
Le commerce kula est d'ordre noble . Il semble être réservé aux chefs, ceux-ci étant à la fois les chefs des flottes, des canots, et les commerçants et aussi les donataires de leurs vassaux, en l'espèce de leurs enfants, de leurs beaux-frères, qui sont aussi leurs sujets, et en même temps les chefs de divers villages inféodés. Il s'exerce de façon noble, en apparence purement désintéressée et modeste . On le distingue soigneusement du simple échange économique de marchandises utiles qui porte le nom de gimwali . Celui-ci se pratique, en effet, en plus du kula, dans les grandes foires primitives que sont les assemblées du kula intertribal ou dans les petits marchés du kula intérieur : il se distingue par un marchandage très tenace des deux parties, procédé indigne du kula. On dit d'un individu qui ne conduit pas le kula avec la grandeur d'âme nécessaire, qu'il le « conduit comme un gimwali ».
En apparence, tout au moins, le kula - comme le potlatch nord-ouest américain - consiste à donner, de la part des uns, à recevoir, de la part des autres , les donataires d'un jour étant les donateurs de la fois suivante. Même, dans la forme la plus entière, la plus solennelle, la plus élevée, la plus compétitive du kula, celle des grandes expéditions maritimes, des Uvalaku, la règle est de partir sans rien avoir à échanger, même sans rien avoir à donner, fût-ce en échange d'une nourriture, qu'on refuse même de demander. On affecte de ne faire que recevoir. C'est quand la tribu visiteuse hospitalisera, l'an d'après, la flotte de la tribu visitée, que les cadeaux seront rendus avec usure.
Cependant, dans les kula de moindre envergure, on profite du voyage maritime pour échanger des cargaisons ; les nobles eux-mêmes font du commerce, car il y a beaucoup de théorie indigène là-dedans ; de nombreuses choses sont sollicitées , demandées et échangées, et toutes sortes de rapports se lient en plus du kula ; mais celui-ci reste toujours le but, le moment décisif de ces rapports
</extrait>